À Kenscoff, une seule scène résume à elle seule la situation sécuritaire alarmante en Haïti : alors que des citoyens sont retenus en otages par des groupes armés, c’est un leader de la société civile, le frère Luckson, qui s’adresse aux ravisseurs pour aider à obtenir leur libération. Dix-neuf personnes, dont des enfants et des personnes vulnérables, ont ainsi été libérées après plusieurs jours de captivité. Cette initiative a été menée avec le soutien de l’UNICEF et des responsables communautaires.
Il ne s’agit pas ici de louer le courage de ceux qui ont rendu ces libérations possibles, c’est tout simplement ce qu’il faut faire. La question est de se demander pourquoi, dans un État qui devrait être le premier garant de la sécurité de ses citoyens, des particuliers doivent prendre des risques là où les institutions semblent incapables d’apporter une réponse efficace. À Kenscoff, la population ne réclame pas des héros de fortune : elle réclame un gouvernement capable de protéger, de secourir et de rétablir son autorité.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que les attaques des 23 et 24 août ont fait des dizaines de morts et entraîné l’enlèvement de nombreuses personnes. La libération de certains otages ne doit donc pas devenir une victoire temporaire qui occulte le problème fondamental : lorsque des citoyens doivent négocier avec des groupes armés pour sauver d’autres citoyens, c’est le contrat même entre l’État et le peuple qui est mis à l’épreuve.
Frère Luckson a peut-être réussi là où beaucoup s’attendaient à une intervention institutionnelle. Mais son action ne peut et ne doit pas devenir la nouvelle norme. Un pays ne peut confier la protection de ses enfants au courage de quelques citoyens. Le gouvernement haïtien doit désormais répondre à la question fondamentale posée par Kenscoff : qui protège encore les Haïtiens lorsque ceux qui sont censés les protéger n’en sont plus capables ?
~ Mackendy Filderice



