Les chefs de la diplomatie haïtienne et dominicaine se sont rencontrés jeudi dans le parc industriel de CODEVI, à la frontière nord-est d’Haïti, pour une réunion de travail consacrée aux principaux dossiers bilatéraux, parmi lesquels la sécurité transfrontalière, la lutte contre les activités illicites et la gestion des flux migratoires.
La ministre haïtienne des Affaires étrangères, Raina Forbin, et son homologue dominicain, Víctor O. Bisonó Haza, ont présidé les échanges qui ont également porté sur la formalisation du commerce, les investissements et l’élargissement des liaisons aériennes entre les deux pays qui partagent l’île d’Hispaniola.
Dans un communiqué conjoint publié à l’issue de la rencontre, les deux parties ont convenu de la nécessité de renforcer les mécanismes de coopération afin d’améliorer la gouvernance de la frontière terrestre de 380 kilomètres, dans le respect des intérêts souverains de chaque nation.
Appel à la communauté internationale
Les deux ministres ont conjointement souligné l’importance d’un soutien international accru à la Force de répression des gangs (FRG), chargée d’appuyer la police nationale d’Haïti dans sa lutte contre les gangs armés qui contrôlent de larges pans du territoire, y compris au cœur de la capitale Port-au-Prince.
Ils ont exprimé leur volonté commune de poursuivre les efforts de sensibilisation en faveur du plein déploiement de cette force, autorisée par la résolution 2793 du Conseil de sécurité des Nations Unies, ainsi que du renouvellement de son mandat. L’objectif affirmé est de créer les conditions favorables à une paix durable et au renforcement des institutions haïtiennes.
Cet appel intervient alors que le déploiement de la force, initialement promis par plusieurs pays, demeure en deçà des besoins estimés par les autorités haïtiennes et les partenaires internationaux.
Normalisation consulaire sous condition
Concernant les opérations consulaires dominicaines en Haïti, les deux parties ont indiqué souhaiter parvenir à leur normalisation « dans les meilleurs délais ». Cette reprise reste toutefois conditionnée à l’amélioration des conditions de sécurité, afin de garantir le bon fonctionnement des bureaux consulaires dans les juridictions concernées.
Les relations consulaires entre les deux pays ont connu des tensions récurrentes, notamment en matière de délivrance de visas et de régulation des mouvements de personnes à la frontière, où des milliers d’Haïtiens se rendent quotidiennement pour des activités commerciales ou pour accéder à des services.
Rencontre avec le secteur privé
À l’issue de la session officielle, les deux délégations ont rencontré des représentants du secteur privé opérant dans la zone frontalière. Les discussions ont porté sur le développement des activités productives, la création d’emplois et la dynamisation des échanges économiques.
Le choix du Parc industriel CODEVI comme lieu d’accueil de la réunion n’est pas anodin : cette zone franche, située à cheval sur la frontière, emploie plusieurs milliers de travailleurs haïtiens et dominicains et constitue l’un des principaux pôles d’intégration économique de l’île. Les responsables ont souligné le rôle du secteur privé comme moteur potentiel du renforcement des relations bilatérales.
Délégations et climat des échanges
La délégation haïtienne comprenait notamment l’ambassadeur d’Haïti en République dominicaine, Fritz Emmanuel Longchamp, la directrice de cabinet Winnie Hugot Gabriel, et plusieurs hauts responsables des affaires politiques et consulaires.
Côté dominicain, le ministre Bisonó était accompagné des vice-ministres des Affaires multilatérales et bilatérales, Rubén Silié et Francisco Caraballo, ainsi que de l’ambassadeur de la République dominicaine en Haïti, Faruk Miguel.
Les échanges se sont déroulés, selon le communiqué, « dans un climat de cordialité », et les deux ministres ont réaffirmé leur volonté de maintenir un dialogue bilatéral actif comme « voie privilégiée » pour aborder les questions d’intérêt commun, dans un esprit de respect mutuel et de bon voisinage.
Cette rencontre intervient dans un contexte de tensions persistantes liées aux flux migratoires et aux disparités économiques entre les deux pays, mais marque une étape dans la tentative d’institutionnaliser un dialogue régulier sur les dossiers sensibles de la frontière commune.
Jacky Chéry




